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Une lecture de l’architecture de l’imprimerie MAME

Dans le cadre des rencontres M.A.P. (Mouvements Architectures Pluriels) qui se sont déroulées à Tours le jeudi 30 mai, un grand nombre d’architectes d’Indre et Loire et de la Région Centre ont pu visiter le site de l'ancienne imprimerie MAME. La visite était commentée par Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments Historiques. En amateur passionné, il a su démontrer l’intérêt d’une architecture d’un bâtiment construit en 1953, qui a obtenu le grand prix d’architecture industrielle à Milan en 1954 et qui constitue un chef d’œuvre unique de l’architecture industrielle moderne.

A la Libération, l’usine MAME ayant été détruite, Alfred Mame souhaite construire une usine modèle, et tient à ce que cette réalisation soit une synthèse des arts. Dans son idéal, le projet doit réunir les architectes et les artistes. Pour se faire, il fait appel à l’architecte Bernard Zehrfuss, grand architecte de la modernité en France, premier prix de Rome, auteur par la suite du CNIT de la Défense (1956) et du Palais de l’UNESCO (1969).

 

Pour la réalisation du projet, 

- Les architectes associés seront : Bernard Zehrfuss et Jean Drieu La Rochelle.

- La construction du bâtiment sera réalisée par l’entrepreneur tourangeau Jean Marconnet.

- La création des toitures est confiée à Jean Prouvé, un des ingénieurs les plus innovants du XXe siècle. D’abord ferronnier, Jean Prouvé reçoit sa première commande d’un architecte en 1926, lorsque Robert Mallet-Stevens le charge de la réalisation de la grille d'entrée de la Villa Reifenberg à Paris. Il comprend alors que son travail doit rejoindre l'architecture et l'industrie : concevoir, dessiner et produire des meubles, des éléments d'architecture, plus tard, des maisons. Il crée la SA des Ateliers Jean Prouvé en 1931, réalise du mobilier pour les sanatoriums du plateau d'Assy, et à partir de 1935, dessine la Maison du peuple à Clichy avec Eugène Beaudouin, Marcel Lods et Vladimir Bodiansky, considérée comme une architecture précurseur de l'architecture moderne. Peu après, il étudie et met en fabrication des maisons légères avec Pierre Jeanneret, puis, en 1950, le ministère de la Reconstruction lui commande douze maisons industrialisées, qui seront montées à Meudon.

- Le décorateur est le peintre Edgard Pillet. Peintre et sculpteur, Edgard Pillet est devenu un artiste très reconnu dans le milieu de l'abstraction, et conçoit de nombreux travaux en liaison avec l'architecture. Il est un ardent défenseur de l'art moderne et du concept toujours d'actualité de la synthèse des arts. L'une des caractéristiques majeures de l'œuvre de Pillet est l'association de la sculpture, en l'occurrence le relief, à l'architecture. Son discours est fondé sur l'emploi de figures géométriques élémentaires et schématisées, ainsi que sur l'opposition du plein et du vide.

Le projet consiste en deux corps de bâtiments juxtaposés, reliés l’un à l’autre par une galerie : la tour abrite des bureaux et le bâtiment bas les ateliers. Il est le résultat d’une réflexion sur l’idée de l’usine nouvelle. Il est pensé en termes de confort thermique, de pénétration de la lumière, d’épanouissement de l’espace et de sa coloration.

La structure des ateliers est constituée d’une ossature poteau-poutre avec remplissage par des assises de parpaings ou des châssis vitrés.

Pour couvrir les immenses ateliers, Jean Prouvé utilise un système de sheds d’aluminium sur structure d’acier. Cette toiture en dent de scie à paroi vitrée diffuse une lumière régulière et intense et permet de profiter jusqu’à 80 % de la lumière naturelle. Cet éclairage constitue une première expérience en Europe d’utilisation de sheds d’aluminium préfabriqués.

Dans la mise en couleur de l’imprimerie Mame, le peintre Edgard Pillet introduit un rythme dans l’espace. Il décore les cloisons entre les ateliers avec de grandes fresques abstraites de couleurs, dans la perspective d’une harmonie physiologiquement bénéfique, de la création d’un climat esthétique profitable pour l’ouvrier. La couleur doit accompagner la vie dans l’usine. C’est l’occasion d’une des premières expériences françaises d’aménagement de climat intérieur par la couleur.

Sur le toit terrasse, quatre pavillons préfabriqués en aluminium coiffés d’une toiture-coque sont construits. Les pavillons abritent le bureau du directeur, les appartements de monsieur Mame  et une salle de réunion. Ils sont constitués d’éléments de façade standardisés, revêtus d’une peau d’aluminium strié. Un jeu de baies vitrées et des hublots anime l’ensemble. Le bureau du patron est en décroché, en apparence suspendu. Le porte-à-faux apporte le dynamisme à l’allure. Avec son bow-window donnant sur les sheds de l’usine et sur la Loire, on retient l’idée d’un poste de pilotage d’un navire. La salle de réunion est couverte d’une toiture débordante qui forme une large visière évasée aux angles arrondis. Les arrondis apportent une douceur au traitement de l’ensemble.

 

Le 15 juin 2013

Texte Xavier Guillon – Photos Gaspar Païva

 

 

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