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26/02/2015

Urgences Patrimoine, une utopie en action-réaction ?

Une rencontre avec Alexandra Sobczak, la présidente de l’association Urgences Patrimoine. Pourquoi ce choix ? Parce que nous sommes dans une période de questionnement et que, Alexandra Sobczak n’aime pas le « jetable ». Elle dit rester attachée à l’histoire qui construit notre ADN. Nous voulions comprendre.

 

VILLADéco (VD) : L’idée de cet entretien m’est venue d’un constat. Vous avez créé, il y a environ neuf mois Urgences Patrimoine. Sur Facebook, vous faites le buzz. En partant d’une simple association, Urgences Patrimoine est devenue très rapidement  un groupe, et plus… un mouvement. Pourtant à la lecture des postages Facebook, on ressent que la notion de patrimoine n’est pas entendue d’une façon commune. Je reprends la définition de Monsieur Larousse (illustre référence appartenant à notre patrimoine) : « Le patrimoine est ce qui est considéré comme l’héritage commun ». En créant Urgences Patrimoine, quelle était votre idée première ?

Alexandra Sobczak (AS) : Dans le cadre de mon activité professionnelle – la réalisation d’inventaires et l’expertise d’objets d’arts pour les besoins d’assurance – j'ai proposé au Conseil Général de l'Yonne, de réaliser l'inventaire et l'état des lieux de tous les édifices religieux du département, pour essentiellement donner une valeur aux objets contenus dans les églises ,pour une meilleure protection en cas de vol ou d'incendie, ensuite, pour faire le tour des édifices en souffrance qui avaient besoin de restaurations urgentes, et démontrer également que ce riche Patrimoine pourrait être un fabuleux vecteur sur le plan touristique et économique. Malheureusement ce projet n’eut pas de suite pour de simples raisons financières et malgré le réel intérêt du Président du Conseil Général. J’ai compris qu’il en serait de même pour beaucoup de territoires et que seule une équipe de gens bénévoles sauraient réaliser cette lourde tâche. C'était en décembre 2013. J'ai déposé les statuts d’Urgence Patrimoine en février 2014. Nous en avons fêté la naissance le 22 avril en présence d’élus locaux. Le 1er Mai 2014, la page Facebook « Urgences Patrimoine » est créée.

 

VD : Quels ont été aussi les premiers acteurs qui ont permis au projet de se concrétiser ?

AS : Le 3 mai un internaute pose "la question": « Urgences Patrimoine est-elle une association à vocation uniquement locale, ou va-t-elle être nationale? Ma réponse immédiate fut plus motivée que réaliste : Urgences Patrimoine devait pour exister, avoir une envergure nationale. La personne qui a posé "la question", n'était autre que Sabine de Freitas, qui est maintenant la Vice- Présidente d'Urgences Patrimoine (UP). Vous connaissez la suite. Très vite un "noyau dur" s'est constitué, une petite dizaine de personnes intervenait très souvent sur la page UP, puis nous avons échangé via messages privés sur ma page perso. Avec humour, je dirais que c'est en quelque sorte comme "Meetic". UP est un site de rencontre, pas pour trouver un conjoint, mais pour défendre une passion et des intérêts communs. Le "noyau dur" est constitué de personnes extrêmement qualifiées, des amateurs passionnés, de grands techniciens ou de grands historiens d'art. J'ai été honorée par leur engagement immédiat. Alors je leur ai posé la question: "pourquoi me rejoindre" ? La réponse fut la même pour tous: ils cherchaient un "moteur", ou quelqu'un d'encore plus "fou" qu'eux.

 

Message UP - Illustration Urgences Patrimoine

VD J’ai bien noté qu’il y a un "S" à Urgences et qu’il n’y en a pas à Patrimoine. Il y aurait donc plusieurs urgences et un patrimoine. Quelles sont ces urgences ? Quel est ce patrimoine ?

AS : Les urgences sont partout, donc le "S" est venu naturellement. C'est comme à l'hôpital, vous n'avez pas le service "de l'urgence", mais "des urgences". Des urgences pour bien des "pathologies". Des urgences pour la sauvegarde, des urgences pour les restaurations, des urgences contre les destructions, des urgences contre l'oubli, tout simplement. Le Patrimoine (je mets toujours une majuscule), est tout ce qui raconte une histoire, tout ce qui peut évoquer un souvenir et qui se fait le témoin du travail et du quotidien d'une civilisation, d'un pays, d'une région, d'un village... des gens qui habitent.  Toute "trace" peut être Patrimoine, et tout Patrimoine est une trace. Le Patrimoine est en quelque sorte l'ADN du contemporain.

 

 

VD : La page facebook Urgences Patrimoine est lancée en mai 2014. Aujourd’hui, plus de 50 délégués en France après seulement trois mois de recrutement, et des représentations en Italie, en Espagne et au Portugal… Vous aviez pensé national, vous traversez les frontières. Pourquoi un tel engouement ?

AS : Le Patrimoine est devenu depuis quelques années un sujet "populaire". Dans une société commandée par le "jetable", le Patrimoine redevient une valeur fiable. Il est là. On peut en profiter sans l’acheter. En s'engageant pour la sauvegarde du Patrimoine, on a un moyen efficace de ne pas perdre pieds, de rester attacher à son histoire, et de ne pas se perdre dans le monde "aseptisé", neutre, insipide, incolore inodore. Le Patrimoine est vivant, coloré, odorant... Il a cette extraordinaire faculté de  rassembler ceux qui l'aiment.

 

VD : Vous dites que les personnes qui ont rejoint UP, viennent d'horizons différents, qu’ils ont des âges  différents, des parcours différents, des cultures différentes, et que ce sont ces différences qui font la richesse de l'association. Ils ont 16 ans, 25 ans, 40 ans, 70 ans... Ils sont étudiants, artisans d'art, clercs de notaires, fonctionnaires, demandeurs d'emplois, avocats, architectes, retraités... mais ils ne forment qu'une seule et même entité, car ils sont animés par une passion commune: la sauvegarde du Patrimoine. Avez-vous quelques neuf mois plus tard une première réponse quant à l’intérêt patrimonial de vos adhérents et amis par tranche d’âge ?

AS : Le Patrimoine a perdu son image "poussiéreuse". C'est un sujet "d'actualité" qui maintenant touche toutes les couches de la population. Jeunes, moins jeunes, de tous les horizons sociaux et culturels. Cela ne m'étonne pas que déjà 54 délégués départementaux soient prêts à agir sur le terrain. Je pense même qu'en fin d'année, nous aurons couvert l'ensemble du territoire français. C’est ce qu’il faut : l'action dans la proximité, est synonyme d'efficacité. Pourquoi, ils sont si nombreux à nous rejoindre ? Il n’y a pas que l’engagement. L’intérêt suffit. La moyenne d’âge de nos amis Facebook est d’environ 30 ans (de 16 à 70 ans). Je pense simplement que la passion est comme le Patrimoine, qu’elle n'a pas d'âge.

 

Les cheminées de La Manufacture d'armes de Châtellerault (86), photo FL VILLADéco

 

 

VD : À la lecture des différents postages des personnes qui ont rejoint UP, on trouve d’abord des églises, des vieux châteaux, des " pseudo-châteaux", des halles, quelques bâtiments et structures industriels. On lit : "c’est un scandale !" Comme si ces seules architectures représentaient notre culture. N’avez-vous pas aussi une lourde responsabilité quant à l’entendement de la notion de patrimoine et de ce qu’est le patrimoine ? Quels sont vos projets à ce titre ?

AS : Je pense que notre responsabilité est ailleurs. Notre responsabilité est peut-être de rendre "accessible" la notion de Patrimoine pour que chacun se sente de plus en plus impliqué par rapport à ce vaste sujet. Le Patrimoine pour moi englobe tout ce qui "raconte une histoire, notre histoire". Alors vous avez sans doute raison, nous devons "ouvrir" nos partages de publications à d'autres sujets. Cela dit, nous le faisons déjà un peu. Vous savez la page UP n'a pas encore un an. Tout est perfectible. Nous sommes là pour défendre le Patrimoine. Nous ne faisons pas de politique, et nous sommes prêt à aider à remettre debout les édifices de tous les cultes. Il est vrai que le Patrimoine religieux chrétien de la France est celui qui a subi le plus de dommage, puisqu’il est plus présent. C'est la loi du nombre. Je refuse surtout de voir nos paysages défigurés (par simple méconnaissance, ou par intérêt mercantile), un pays transformé en un vaste parking.

 

VD : Anne Bourgon, architecte urbaniste de l’Etat (en évoquant la cité de la Muette) écrit : « Nous pouvons considérer que si la Cité de la Muette disparaissait, cela n’entraînerait pas forcément une déficience de mémoire (…) Les photos du chantier de la construction, dont les techniques de mise en œuvre étaient innovantes (il s’agissait d’un système poteau-poutre, les panneaux de façade y étant fabriqués en usine et assemblés sur place), montrent le profil d’un bâtiment dont le squelette laisse supposer une certaine esthétique de la ruine. Il est aisé de comprendre que celle-ci frapperait davantage les esprits que le bâtiment dans sa forme actuelle ». Je suis à ce propos en accord avec Anne Bourgon. Il me semble qu’il n’y a pas lieu de tout conserver et que le plus important est de conserver la trace. Des notes, des croquis, des photos… peuvent suffire. Qu’en pensez-vous ?

AS : Votre question est très actuelle pour moi. Récemment, j'étais à Paris pour voir l'exposition  consacrée à Viollet-le-Duc. J'ai aimé, car j'aime toutes les choses qui me racontent une histoire. Cependant, j'ai trouvé que cette expo était trop "technique". J'aime les volumes, j'aime voir, j'aime marcher sur des traces et devenir un peu l'actrice de l'histoire, pas uniquement son témoin. Les maquettes m'ont plu, les quelques rares objets aussi... J'aime par-dessus tout, la peinture, mais pour moi Viollet-le-Duc est d’abord synonyme de "matière", de volumes, de couleurs... Viollet-le-Duc a osé, a provoqué même (qu'on n'aime ou pas). Il a su susciter un intérêt certain pour la question patrimoniale en son temps, Pourtant, dans cette exposition, il m’a manqué la "présence". Une belle expo, mais dénuée de vie. Pour moi, le Patrimoine est vivant. Il est accessible à celui qui sait le voir et surtout l'aimer.
Je vais prendre des exemples volontairement exagérés :
Croyez-vous que des millions de touristes viendraient en France pour voir des cartes postales ou des plans de la tour Eiffel ?  Se déplaceraient-ils pour voir uniquement une maquette du Château de Versailles ?  Non, chaque être sensible à besoin de voir, de sentir, de toucher, de s’imprégner d'un lieu.  Et encore : Croyez-vous que parce que vous avez un jour mangé une très bonne choucroute, ou bu un vin d'exception, le souvenir seul du goût vous suffise ? Votre réponse à mon avis restera négative. Vous aurez envie d'en remanger et d'en  boire à nouveau. A l'heure où on essaie de tout faire en 3 D pour être plus proche du volume justement, certains voudraient tout mettre à plat ? Quel intérêt ? Economique ?  Parce que l'entretien du Patrimoine coûte cher ? Pourquoi ne pas envisager des "reconversions intelligentes et honnêtes" ? D'accord, nous avons besoin de logements sociaux, de maisons de retraite, de bâtiments administratifs, culturels ! Et alors ?  Nous avons toutes les "matières premières": anciennes casernes, anciens hôpitaux, Châteaux, églises désacralisées... les entreprises de BTP auraient tout autant de travail avec de l'ancien ! Attention, je ne suis pas contre la réalisation de constructions contemporaines. Je suis tout simplement contre la politique du "je casse tout et je m'en fous". C'est pour moi, un manque de respect envers ceux qui ont bâti, puis transmis.... Oui, la première mission d’Urgences Patrimoine est d’aider à sauver ce qui existe. Des notes, des croquis, des photos, des représentations en 3D… c’est utile et même indispensable, mais ce n’est pas suffisant.

 

Travaux de déblaiement sur le site de la chapelle de la Guépierre (37). Photo Urgences Patrimoine

VD : Quelles urgences ? N’y aurait-il pas le risque, à trop vouloir, de ne pas suffisamment pouvoir ?

AS : Comme je le dis souvent, nous sommes des passionnés, mais hélas pas des magiciens. L'idée principale d'UP est de développer le nombre de ses délégués, pour vraiment agir au plus près des "urgences". Le rôle d’un urgentiste n’est pas de savoir s’il faut ou non sauver la personne. Son rôle est de prendre en charge le malade, de donner les premiers soins permettant d’engager le processus médical. Après, selon la nature du mal à soigner, d’autres spécialistes interviendront.

 

L’autre idée, c’est de rassembler un maximum d'acteurs (les associations, les fondations, les élus, les particuliers...) autour de notre projet, car "l'union fait la force", la force de sauver. Enfin, j’aimerais que Urgences Patrimoine devienne un médiateur entendu. Cela vient. Il n’y a qu’à laisser le temps au temps.

 

Xavier GUILLON

 

Pour plus d'infos sur Urgences Patrimoine : https://www.facebook.com/groups/urgences.patrimoine/?ref=ts&fref=ts

17/10/2014

Commerces à proximité

Pour une grande partie de la population française, le 1er janvier 2015 est fortement attendu. Dans moins de deux ans, par un tour de magie tous les obstacles vont disparaître. Et hop, il n’y aura plus de handicap ! La France deviendra une terre de rêve. Vous aussi, vous avez peine à y croire, vu le nombre d’entraves, d’obstacles et de barrières architecturées qui jalonnent aujourd’hui les parcours citadins.

Comme sur des roulettes

Bon d’accord, depuis quelques dizaines années, de nombreuses avancées ont été effectuées dans les domaines de l’accès aux administrations, à la culture, aux loisirs, au logement, aux transports… Il y a bien les grands centres commerciaux qui ont été conçus pour s’y déplacer avec un caddie et qui conviennent parfaitement à des consommateurs circulant en fauteuil roulant, s’ils ont peu de courses à faire. Mais il est rare que l’on habite à côté d’un centre commercial. Et pour s’y rendre, il faut, pour les personnes les plus dépendantes, des moyens de transport adaptés, et sans doute l’assistance d’un(e) auxiliaire de vie engendrant un coût financier non négligeable.

Dans la continuité d’une vie de quartier

Un autre type de commerce existe, dit « de proximité ». Là le bât blesse. D’une part, ces magasins sont nombreux à fermer les uns après les autres dans certains quartiers et d’autre part, ceux qui restent sont parfois dans des bâtiments totalement inaccessibles pour une personne à mobilité réduite. La loi du 11 février 2005 prévoit pourtant que TOUS les commerces, quelle que soit leur taille, devront être en mesure d’accueillir l’ensemble des personnes dites en situation de handicap.
Alors, sur le terrain, comment faire, face à une volée de marches qui conduisent à un local exigu, comme on en trouve dans les vieux quartiers, souvent en secteur qu’on appelle « protégé » ? Ou bien lorsque l’environnement semble hostile à toute forme d’aménagement (rues en pentes, trottoirs étroits…). Ces petits commerces participent pourtant à la vie sociale du quartier.

Dans le périmètre de la ville lente

En réponse et dans le cadre de son projet de reconquête du centre-ville et de l’accessibilité pour tous, la municipalité de Parthenay a porté toute son attention à son vieux centre. Dans son magazine Parthenay, Cœur de Ville en Juin 2011, elle écrit : le cœur de la ville de Parthenay est « un quartier qu’on habite, où l’on travaille et un lieu de récréation.
Ainsi, la rue Jean-Jaurès est réaménagée de manière à répondre à toutes les manières de circuler en centre-ville, que cesoit à pied, à vélo, en voiture... ou en fauteuil. Objectif : confort pour tous ! La bande centrale de roulement en enrobé voit ses abords devenir des extensions de boutiques, avec des seuils en pente douce pour permettre un accès facilité aux personnes à mobilité réduite». Une réelle collaboration s’est installée entre les services de la municipalité et les commerçants. Dans cet esprit de ville pour tous, le centre ancien de Parthenay se tourne vers le futur.


Il reste encore à convaincre les derniers indécis et quelques commerçants inquiets de l’intérêt d’un tel projet de société. L’alternative n’est pas seulement au e-commerce !

 

Un article de Patrick Leproust

Photos : Gaspar Païva/Xavier Guillon

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